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Violences au sein de la famille : comment en parler aux enfants ?




La question des violences au sein de la famille est une réalité difficile à aborder. Parler de ces situations aux enfants particulièrement demande une approche sensible et adaptée. Dans cet article, la Dresse Carole Amirat, psychiatre psychothérapeute pour enfants et adolescents, nous explique comment accompagner et soutenir les enfants qui vivent ou sont témoins de ces situations, pour les aider à comprendre, réagir et se protéger.


Quand et comment sensibiliser les enfants au sujet des violences domestiques ?

Il semble opportun d’évoquer le sujet des violences domestiques dès l’entrée à l’école, avec des interventions en classe faites par des intervenant·e·s spécialisé·e·s et des supports adaptés à l’âge des enfants.


Ces interventions faites à l’école, qui devraient idéalement avoir lieu en tous cas tous les deux ans, permettent d’avoir accès à tous les enfants âgés de quatre à quinze ans environ.


Les enseignant·e·s, qui sont en première ligne, devraient également pouvoir recevoir une formation spécifique, afin d’être sensibilisé·e·s aux signes cliniques évocateurs de violence chez un enfant, et être épaulé·e·s s’ils ou elles doivent faire face à une situation avérée de violence intrafamiliale. Les enfants passent beaucoup de temps à l’école et se confient souvent à l’un·e ou l’autre de leurs enseignant·e·s.



Les enseignant·e·s, qui sont en première ligne, devraient également pouvoir recevoir une formation spécifique, afin d’être sensibilisé·e·s aux signes cliniques évocateurs de violence chez un enfant.



Quand une famille est elle-même touchée par ces violences, comment en parler aux enfants ?

Il est essentiel de s’adapter à l’âge des enfants, on ne peut pas s’adresser de la même manière ni avec le même vocabulaire à un·e enfant du préscolaire, à un·e enfant du primaire ou à un·e adolescent·e.


En premier lieu, il faut écouter ce que l’enfant amène comme plainte, lui laisser le temps de raconter les faits à sa manière, en évitant de trop diriger son récit. Seulement dans un deuxième temps, l’on pourra aiguiller la discussion, afin de connaître la situation et les faits plus précisément. Pour cela, on doit utiliser des termes simples, non équivoques. Il est primordial que l’enfant se sente écouté·e et que l’on respecte son rythme. Il y a par exemples certains aspects de la violence pour lesquels l’enfant aura besoin de plus de temps pour pouvoir les aborder.


On peut aussi lui dire que les adultes qui font preuve de violence au sein de la famille doivent être prises en charge par des personnes compétentes, car ils ou elles ne peuvent pas se comporter ainsi. Que dans tous les cas, quel que soit le comportement de l’enfant, celui-ci ne peut pas justifier que l’on ait recours à la violence.


En tant que pédopsychiatre, comment accompagnez-vous un enfant ou un·e adolescent·e confronté·e à des violences familiales ?

Quand les violences intrafamiliales sont avérées, la DGEJ (service de protection des mineurs, ex-SPJ), dans le canton de Vaud, est souvent dans la course. Elle peut décider d’une mesure d’éloignement de certains membres de la famille, parfois mettre en place des entretiens dans des points de rencontres (lieux protégés où se rencontrent enfant et parent).


Il est important de garder un espace thérapeutique individuel pour l’enfant, dans lequel il ou elle peut se sentir suffisamment en sécurité pour y aborder ses divers ressentis, ses questionnements. On explique à l’enfant que dans pareille situation, il est tout à fait normal de ressentir par moments de la colère, de la tristesse, de la déception et même de la peur vis-à-vis de personnes qui représentent pourtant des figures de référence pour lui ou elle, des personnes avec lesquelles l’enfant partage sa vie.



On explique à l’enfant que les adultes qui font preuve de violence au sein de la famille doivent être pris en charge par des personnes compétentes, car ils ou elles ne peuvent pas se comporter ainsi. On aborde aussi la culpabilité que l’enfant ressent quasiment systématiquement dans ces situations de violences domestiques.



On aborde aussi la culpabilité que l’enfant ressent quasiment systématiquement dans ces situations de violences domestiques. On l’aide à libérer sa parole en essayant de lui faire comprendre que tous ses ressentis ne remettent pas forcément en question son attachement au membre violent de la famille, mais que la violence est quelque chose que l’on ne doit pas accepter et que nous allons, ensemble, tenter de trouver des solutions pour que cette situation change.


En parallèle et selon ses besoins, on peut accompagner l’enfant lors d’entretiens de famille ou, en tous cas, le ou la soutenir dans ses démarches. Il est très important de respecter le rythme de l’enfant, qui n’est pas toujours le même que celui des adultes qui l’entourent.


Certaines professions, dont les médecins, ont un devoir d’avis. Comment cela se passe-t-il concrètement dans une situation de violences domestiques ?

Lorsque lors d’un suivi avec un·e patient·e mineur·e, l’on suspecte des violences intrafamiliales, on reste dans un premier temps très prudent avant de formuler nos suspicions. On essaie de les étayer un maximum, grâce à des éléments anamnestiques personnels et familiaux, des éléments cliniques observés durant les séances et des renseignements pris auprès de l’école, par exemple.


Ensuite, on en parle aux parents, on les écoute et, si après toutes ces récoltes d’informations tant cliniques qu’anamnestiques on a toujours des doutes quant à de possibles violences intrafamiliales, on fait un signalement à la DGEJ qui, elle, mènera une enquête détaillée pour confirmer ou infirmer la suspicion de violences.


C’est la DGEJ qui décidera s’il est nécessaire de prendre des mesures, plus ou moins dans l’urgence, comme par exemple l’éloignement d’un membre de la famille. Une collaboration entre le ou la thérapeute ou médecin pédiatre et la DGEJ est essentielle.



La violence n’est pas quelque chose d’anodin et personne ne devrait avoir à vivre avec ou à la subir. Donc si malheureusement, vous vivez de la violence, ou si vous en êtes témoins, il est important que vous puissiez en parler à un·e adulte de votre entourage.



Un message à adresser aux jeunes gens qui lisent cet entretien ?

La violence au sein de la famille reste encore un sujet souvent tabou. En tant qu’enfant, on n’ose souvent pas en parler autour de soi, on a honte, on se dit peut-être que l’on mérite ce qui nous arrive, on pense que si l’on en parle, on risque de se moquer de nous, de ne pas nous croire, de parler mal de nos parents ou d’être séparé·e d’eux.


Mais la violence n’est pas quelque chose d’anodin et personne ne devrait avoir à vivre avec ou à la subir. Donc si malheureusement, vous vivez de la violence, ou si vous en êtes témoins, il est important que vous puissiez en parler à un·e adulte de votre entourage qui, dans un premier temps, vous écoutera et, ensuite, vous aiguillera, vous aidera, vous accompagnera pour savoir quoi faire de ce que vous vivez ou avez vu.



Illustration Sylverarts | iStockPhoto



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