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Sophie, 37 ans (NE)

À l’époque, j’avais 21 ans… J’avais eu plusieurs copains avant lui et je n’avais jamais connu une relation malsaine et toxique à ce point. Quelque temps après le début de notre relation, et une fois qu’il avait compris que j’allais être manipulable, il m’a montré son vrai visage. J’ai vécu dans la crainte de me faire taper et violenter à tout instant. Je me suis isolée et j’ai été victime de cette personne qui m’a traitée comme un objet, rabaissée, violée, frappée, insultée, réduite en une pauvre chose qui ne pouvait que s’excuser sans cesse d’exister. Ses sautes d’humeur et sa jalousie étaient imprévisibles et lorsqu’il était de bonne humeur, il pouvait être la personne la plus attentionnée et prévenante au monde. 

Durant deux ans, j’ai tenté de le quitter et à chaque fois, j’ai cédé, trois, quatre fois ou plus. J’avais si peur d’être sans lui que je préférais vivre dans la torture et l’humiliation. Je ne compte pas le nombre de fois où la Police est venue frapper à la porte, alertée par les voisins, suite à mes cris de détresse. Mais je le protégeais et leur disais que tout allait bien, que ce n’était qu’une dispute. Je pensais qu’il allait changer, qu’il souffrait et ne le faisait pas exprès. Il était mi-démon, mi-ange.

 

Jusqu’au jour où il m’a frappée dans un lieu public, pas une seule personne n’est venue à mon secours. Une femme, un peu plus tard, a essayé d’entrer en contact avec moi, mais il s’est vite interposé et m’a emmenée en voiture. Il m’a frappée à nouveau, j’ai vu du sang dans mon mouchoir. J’ai pu m’enfuir et me cacher, j’étais dans un état de choc et après avoir pris mon courage à deux mains, j’ai contacté mes parents. Ceux-ci ne se doutaient pas que je vivais un enfer, je le cachais bien à tout mon entourage. Je me suis rendue à la Police pour déposer une plainte, j’ai donné mon témoignage, j’avais tellement honte. On a regardé les marques sur mon visage. On m’a expliqué qu’il avait été interpellé et qu’il donnait lui aussi son témoignage. On m’a montré un graphique et bien expliqué que j’allais indéniablement retourner avec lui et finalement, on m’a indiqué que nos témoignages étaient totalement opposés et que dans ce cas, cela n’irait probablement pas plus loin. Je suis ressortie totalement abasourdie et choquée. 

J’étais en contact avec la LAVI, qui m’a beaucoup soutenue à cette époque. Je vivais dans la peur de le croiser et, en même temps, avec une envie irrépressible de le voir. Un jour, au détour d’une rue, je l’ai vu, il m’a souri, proposé de boire un verre. De fil en aiguille, il m’a demandé de retirer la plainte, car cela allait lui porter préjudice. J’ai cédé quelque temps plus tard et je suis retournée avec lui. Le cauchemar a recommencé jusqu’au jour où j’ai dû faire le choix de rester avec lui ou de m’en aller et débuter ma carrière professionnelle dans une grande entreprise. Il m’avait interdit de prendre le poste. J’ai choisi de partir et d’essayer de tourner la page. Il m’aura fallu probablement plus de cinq ans pour pouvoir le croiser sans avoir le cœur qui bat et, un jour, pouvoir lui balancer toute ma rage à la figure. Il n’a pas compris et m’a accusée, moi, de l’avoir rendu ainsi. Il m’a dit une fois, dix ans après que je l’ai quitté, qu’il allait un jour me faire un enfant. J’en suis restée estomaquée.

 

Avec du recul, je réalise que j’ai fait de mon mieux à cette période, avec les moyens que j’avais à disposition, avec ma fragilité émotionnelle et avec mes blessures qui, même si elles ont cicatrisé aujourd’hui, sont toujours présentes et m’ont laissé un grand traumatisme. Avoir porté plainte aura au moins eu le mérite de lui refuser l’accès à la formation pour devenir policier et, je l’espère du fond du cœur, de l’empêcher de faire vivre les mêmes tourments à une autre.
 

Février 2022